Langue Française : le français par la chanson

29 11 2008

                                              Le Français par la chanson.                                                

En matière d’apprentissage du français, la chanson peut bien servir à des exercices d’écoute et de compréhension orale. Elle permet d’offrir des voix et des façons de parler authentiques et variées ; elle  affine les capacités de comprendre le français tel qu’il est effectivement parlé en dehors d’une situation de classe. En ce sens, chaque chanson est un document authentique de langue et de culture qui n’a pas été créée à l’usage de l’apprenant étranger. Elle offre une entrée dans la langue française et tout ce qu’elle véhicule: une façon d’être, de sentir, de se voir, de réagir au monde. Elle permet d’entrer dans une certaine mesure dans ce que c’est que d’être français (ou québécois, ou belge ou africain) de nos jours. Ce n’est pas peu de chose L’exercice d’écoute

 L’exercice le plus simple est l’écoute d’une chanson, d’abord sans texte. On peut même fermer les yeux et essayer de percevoir la chanson globalement, ainsi que de saisir de quoi il s’agit dans l’ensemble. Même quand les paroles ne sont pas comprises dans le détail, on peut déjà avoir une certaine idée du sujet, du ton, de l’émotion. Une communication peut avoir lieu . Certes, elle dépend pas des seules paroles, mais elle pourrait  donner envie de comprendre ces paroles plus précisément. 

Toutefois, il  faut prêter une attention particulière à certains éléments de la chanson: la voix, l’expressivité de l’interprétation, les instruments qui accompagnent la voix, l’orchestration, les rimes, la répétition de mots ou de phrases, l’accentuation de certains mots par ces divers moyens, ou encore repérer et  noter, par exemple, certains éléments linguistiques: les verbes , modes verbaux, les niveaux et registres de langue, les figures de style… 

                                                                                                                             L’analyse d’une chanson 

1. Quel est le sujet de la chanson?  2. Y a-t-il allusion à des références précises (lieux, êtres, événements, etc.)? 3. Quelle relation existe-t-il entre le titre et le contenu de la chanson? 4. Trouvez un autre titre à cette chanson. 5. Pouvez-vous identifier qui « dit » le message? qui « fait » l’action? 

   Le « je » de la chanson n’est pas forcément identique à l’auteur: ce « je » est inventé comme le « je » d’un roman ou d’un poème. Ceci dit, la chanson d’auteurs-compositeurs-interprètes est très souvent une expression assez directe de leur sentiments, idées, ou opinions personnelles, ce qui contribue à la communication très forte susceptible de s’installer entre un chanteur et son public. 6. A qui s’adresse-t-on dans la chanson? La chanson peut s’adresser à une personne spécifique, à un groupe que l’on critique ou interpelle, à tout auditeur, ou à chacun à titre personnelle.Dans tous les cas, il y a une certaine complicité qui s’établit, entre le chanteur et l’individu qui l’écoute, ou parmi tous ceux qui l’écoutent qui s’identifient avec lui ou se reconnaissent dans ses propos. 

7. Comment s’organise la chanson (son plan, sa structure )?

8. Expliquer l’idée ou l’action principale de chaque couplet ou strophe? ( L’analyse indiquera également la fonction des différentes parties de la chanson: récit, commentaire, etc.  ).9. Relevez le vocabulaire qui est relié au thème (sujet) de la chanson:   noms ,verbes ,adjectifs, adverbes (toutes les catégories grammaticales) 

10. Faites le tableau des verbes. Quels sont les temps et modes dominants ? Quelle personne du verbe est employée principalement? Que peut-on en conclure?  Ce tableau peut être révélateur du sens de la chanson: les imparfaits de « La Montagne » de Jean Ferrat relèguent la vie de la montagne dans un passé irrécupérable, les subjonctifs de « Attendez que ma joie revienne » de Barbara expriment l’aspect hypothétique du nouvel amour. 

11. Y a-t-il présence des caractéristiques de la langue parlée? Ont-elle une fonction spéciale? La chanson reflète, plus que d’autres genres de textes, le français tel qu’on le parle, y compris les élisions, l’omission du ‘ne’ négatif, etc. Il est bon de comprendre ces différences et d’apprendre à manier la langue parlée et la langue écrite à bon escient. L’étude de la chanson, à côté d’autres genres de textes, peut contribuer à cet apprentissage. 

12. Passe-t-on d’un niveau de langue à un autre?  Il y a des chansons qui font appel à des niveaux de langue très divers, et il est bon que l’on apprenne à distinguer les langages familier, populaire, argotique, vulgaire, etc. en contexte, ce qui pourra aider les à les apprécier comme des richesses de la langue française et à les utiliser (ou à les éviter) en connaissance de cause. 

13. L’auteur emploie-t-il des figures de style? Quelle est leur fonction? Quel est leur sens? (Comparaisons, métaphores, personnifications, etc.) 14. Pour chaque strophe, donnez les caractéristiques techniques: sonorités, rimes, assonances, pieds. L’analyse de la chanson permet une initiation à la métrique de la poésie, tout en la distinguant de celle de la chanson, où le texte imprimé indique souvent l’élision de l’e muet typique de la langue parlée ;élision que l’on a quelquefois du mal à assimiler et à pratiquer. 

15. Expliquez le lien qui existe entre le texte et la musique. 

16. L’interprétation (la voix) aide-t-elle à la compréhension de la chanson?  17. Y a-t-il dans le texte des structures nouvelles ou particulières? des mots nouveaux? 

18. Trouvez, chez un autre auteur une chanson qui traite du même sujet. En connaissez-vous dans votre langue maternelle? Comparez les différentes façons d’aborder ce même sujet.    Il y a des thèmes frappants dans la chanson français,entre autres le testament, la mort, l’enterrement,qui peuvent donner lieu à des comparaisons culturelles fructueuses.    19. Commentaires supplémentaires:    

Les chansons peuvent servir de point de départ de discussions portant sur tous les thèmes abordés. Il serait possible de trouver une chanson portant sur presque tous les aspects de la réalité telle qu’elle est vécue et ressentie. Chaque chanson donne une approche spécifique et bien enracinée dans la langue et la culture de l’auteur, et permet d’entrer dans la sensibilité de l’auteur, de la comprendre de l’intérieur, de la confronter à sa propre façon de sentir et de penser.  Le répertoire de chansons par thèmes ne fait que suggérer les riches de la chanson contemporaine pour l’étude de la culture au sens le plus large du terme. La chanson peut donc accompagner tout autre livre ou méthode de langue ou de civilisation employés en classe, en y ajoutant un élément plus vivant que tout autre texte qui n’est que texte.                                                                 Quelques exemples de chansons francophones:

                                                                        »Le Gitan », Daniel Guichard

Il a un rire de voyou Dans le fond des yeux, des amis 

Il a le cœur au bord des coups  Le gitan, le gitan, 

Un peu renard, un peu loup Il sort le jour ou bien la nuit 

Ce qu’on dit de lui il s’en fout  Le gitan, le gitan, que tu ne connais pas ! 

Il aurait pu être un grand matador Un voleur de poules, un jeteur de sorts 

Prendre une guitare, être musicien  Mais sa vie à lui elle est dans ses poings 

Il ne sait pas d’où il vient Mais il sait toujours où il va 

Il a des milliers de cousins  Le gitan, le gitan, 

Il a couru les chemins Sainte-Marie ou Guernica 

Pour venir dormir à Saint-Ouen  Le gitan, le gitan, que tu ne connais pas ! 

Souvent je deviens, gitan Mon ciel est le sien, gitan 

Je suis comme lui, gitan  J’ai plus de pays, gitan 

J’ai plus de maison, gitan Je n’ai plus de nom, gitan 

C’est toi qu’a raison, gitan  Y a plein d’horizons ! 

Il a toujours l’air heureux Les chagrins, lui, n’en veut pas 

Il les jette au milieu d’un feu  Le gitan, le gitan, 

L’amitié n’est pas un jeu Quand il donne il ne reprend pas 

Il sait couper son cœur en deux  Le gitan, le gitan, que tu ne connais pas ! 

Il aurait pu être un grand matador Un voleur de poules un jeteur de sorts 

Prendre une guitare, être musicien  Mais sa vie à lui elle est dans ses poings 

Souvent je deviens, gitan Mon ciel est le sien, gitan 

Je suis comme lui, gitan  J’ai plus de pays, gitan 

J’ai plus de maison, gitan Je n’ai plus de nom, gitan 

C’est toi qu’a raison, gitan  Y a plein d’horizons !  Il a un rire de voyou 

Dans le fond des yeux : des amis  Il a le cœur au bord des coups 

Le gitan, le gitan Un peu renard, un peu loup 

Il dort le jour ou bien la nuit  Ce qu’on dit de lui il s’en fout 

Le gitan, le gitan, que tu ne connais pas ! Il a le cœur au bord des coups 

Ce qu’on dit de lui il s’en fout 

Le gitan, le gitan, que je connais pour toi !

                                                                

    » Faut pas pleurer comme ça », D.Guichard

 
Faut pas pleurer comme ça
Demain ou dans un mois
Tu n’y penseras plus
Faut pas pleurer comme ça
Aujourd’hui c’est pour toi
Que nous sommes venus

Ne dis rien si tu veux
Mais sèche un peu tes yeux
Et ne crois pas surtout
Que nous autres on s’en fout
Tu sais pleurer ça sert à rien
Laisse un peu dormir ta peine
Dans un coin
Faut pas pleurer comme ça
Pleurer pour qui pour quoi
Pour quelques souvenirs
Pour quelques mots d’amour
Jetés dans une cour
Et qui s’en vont mourir

Ne dis rien si tu veux
Mais sèche un peu tes yeux
Et ne crois pas surtout
Que tes larmes on s’en fout
Tu sais pleurer ça sert à rien
Laisse un peu, laisse un peu
Dormir ta peine dans un coin

Faut pas pleurer comme ça
Demain ça sera toi
Qui sauras nous parler
Quand tu viendras nous voir
Tu pourras nous faire croire
Que tout peut s’oublier
Mais pour l’instant tais-toi
Pour parler on est là
Et ne crois pas surtout
Que nous autres on s’en fout
Tu sais pleurer ça sert à rien
Laisse un peu dormir ta peine
Dans un coin. 

                      »La tendresse », D.Guichard 

La tendresse
C’est quelquefois ne plus s’aimer mais être heureux
De se trouver à nouveau deux
C’est refaire pour quelques instants un monde en bleu
Avec le cœur au bord des yeux
La tendresse, la tendresse, la tendresse,
La tendresse.
La tendresse
C’est quand on peut se pardonner sans réfléchir
Sans un regret sans rien se dire
C’est quand on veut se séparer sans se maudire
Sans rien casser, sans rien détruire
La tendresse, la tendresse, la tendresse,
La tendresse.
La tendresse
C’est un geste, un mot, un sourire quand on oublie
Que tous les deux on a grandi
C’est quand je veux te dire je t’aime et que j’oublie
Qu’un jour ou l’autre l’amour finit
La tendresse, la tendresse, la tendresse,
La tendresse.
La tendresse, la tendresse, la tendresse,
La tendresse.
Allez viens. 
                        

                   « Mon vieux ».

Dans son vieux pardessus râpé
Il s’en allait l’hiver, l’été
Dans le petit matin frileux
Mon vieux.
Y avait qu’un dimanche par semaine
Les autres jours, c’était la graine
Qu’il allait gagner comme on peut
Mon vieux.
L’été, on allait voir la mer
Tu vois c’était pas la misère
C’était pas non plus l’paradis
Hé oui tant pis.

Dans son vieux pardessus râpé
Il a pris pendant des années
L’même autobus de banlieue
Mon vieux.

L’soir en rentrant du boulot
Il s’asseyait sans dire un mot
Il était du genre silencieux
Mon vieux.

Les dimanches étaient monotones
On n’recevait jamais personne
Ça n’le rendait pas malheureux
Je crois, mon vieux.

Dans son vieux pardessus râpé
Les jours de paye quand il rentrait
On l’entendait gueuler un peu
Mon vieux.

Nous, on connaissait la chanson
Tout y passait, bourgeois, patrons,
La gauche, la droite, même le bon Dieu
Avec mon vieux.

Chez nous y avait pas la télé
C’est dehors que j’allais chercher
Pendant quelques heures l’évasion
Tu sais, c’est con!

Dire que j’ai passé des années
A côté de lui sans le r’garder
On a à peine ouvert les yeux
Nous deux.

J’aurais pu c’était pas malin
Faire avec lui un bout d’chemin
Ça l’aurait p’t'-êt’ rendu heureux
Mon vieux.

Mais quand on a juste quinze ans
On n’a pas le cœur assez grand
Pour y loger tout’s ces chos’s-là
Tu vois.

Maintenant qu’il est loin d’ici
En pensant à tout ça, j’me dis
« J’aim’rais bien qu’il soit près de moi » 

                            PAPA…                            

Georges Chelon est né à Marseille, le 4 janvier 1943. Après ses études de Sciences Politique il envisage une carrière dans le journalisme mais lors d’un voyage en Espagne avec des amis, où il acquiert une guitare, Georges commence à écrire ses premières chansons.
 En 1964 il se présente à un radio-crochet organisé par Pathé Marconi et Radio Monte-Carlo. Sa prestation attire l’attention de René vanneste à l’époque directeur artistique chez Pathé Marconi (à qui Georges a dédié son album On rêve, on rêve en 1998) qui va lui donner la possibilité d’enregistrer en septembre son premier 45 tours.
Après une tournée d’été  » formatrice  » en Corse, le premier Super 45 tours quatre titres 15-20 et plus sortira en janvier 1965. Les chansons sont bien accueillies par le public. Pour le jeune étudiant Georges Chelon qui ne songeait pas à une carrière professionnelle dans la chanson ce sera une révélation. Il obtient l’Hermine d’or du Festival de Rennes en mai de la même année, gagnant à cette occasion, se souvient Georges pour l’anecdote, son poids en orange. En juin de la même année, s’ensuit la parution d’un premier 33 tours
Père prodigue, fait exceptionnel à l’époque pour un artiste débutant. ..Georges Chelon, à contre courant de la vague yéyé, plaît à un public d’étudiants principalement qui se retrouvent dans ses chansons… 

              »Père prodigue« , Georges Chelon

Ah ! te voilà, toi
J’peux pas bien dire que je te reconnaisse
J’étais vraiment à fleur d’jeunesse
Quand tu nous as laissés tomber
Mais pour le peu que j’me rappelle
De la tête que tu avais
Ça t’aurait plutôt profité
Ce p’tit séjour à l’étranger
Mais j’ai changé moi
Sûr tu dois m’trouver bien grandi
J’t'ai pas donné beaucoup de soucis
Mais cependant faudrait pas croire
Que j’ai pu pousser sans histoires
 

Ah ! te voilà toi
Serait bien temps que tu reviennes
Serait bien temps que tu t’souviennes
De ceux qu’t'as laissés derrière toi
D’celle qui fit feu d’toute sa tendresse
Qui eut toujours d’l'amour de reste
Afin qu’ton retour de passion
Ne tombe aussi sur notre front
Mais j’peux bien l’dire, va
Toi qui ne m’as même pas donné
Juste c’qu’il faut d’temps pour t’aimer
Parfois j’ai eu besoin de toi
Une mère c’est trop doux quelquefois
Ah ! te voilà toi
Mais n’te prends pas pour le père prodigue
Pour ton retour la table est vide
On n’a pas tué le veau gras
Ce serait beaucoup trop facile
De revenir d’un pas tranquille
Dans ce qui n’est plus un chez-toi
Tu peux regarder, va
Tu n’verras rien qui t’appartienne
Pas un objet qui te retienne
On t’a effacé de nos joies
Comme toi tu nous effaças
Tu peux fouiller
Tu n’trouvera rien qui t’appartienne
Pas un objet qui te retienne
Ni ne te retiennent nos bras
Ta place n’est pas sous notre toit
Ta place n’est plus sous notre toit. 

                                                                      « Le métèque », G.Moustaki

Avec ma gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Avec mes yeux tout délavés, qui me donnent l’air de rever
Moi qui ne reve plus souvent.
Avec mes mains de maraudeur, de musicien et de rodeur
Qui ont pillé tant de jardins
Avec ma bouche qui a bu, qui a embrassé et mordu
Sans jamais assouvir sa faim
Avec ma gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec
De voleur et de vagabond
Avec ma peau qui s’est frottée au soleil de tous les étés
Et tout ce qui portait jupon
Avec mon coeur qui a su faire souffrir autant qu’il a souffert
Sans pour cela faire d’histoire
Avec mon âme qui n’a plus la moindre chance de salut
Pour éviter le purgatoire.

Avec ma gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Je viendrai ma douce captive, mon âme soeur, ma source vive
Je viendrai boire tes vingt ans
Et je serai prince de sang, reveur, ou bien adolescent
Comme il te plaira de choisir
Et nous ferons de chaque jour, toute une éternité d’amour
Que nous vivrons à en mourir.
Et nous ferons de chaque jour, toute une éternité d’amour
Que nous vivrons à en mourir. 

« (…) On l’imaginerait volontiers toujours en balade, quelque part entre son Égypte natale, le Brésil qu’il a tant chanté et son appartement de l’île Saint-Louis, à Paris. Mais Moustaki ne chôme pas. Outre ce dernier opus, il a publié trois livres en sept ans. L’an dernier il a sorti une anthologie de sa carrière en dix CD. Une actualité régulière, ponctuée de tournées aux quatre coins du monde.
 Cette fois, il revient avec un disque de douze chansons, sobrement intitulé Moustaki : premier album studio depuis 1996. Le disque s’ouvre sur « Odéon », un titre promis à Barbara : « J’aurais aimé chanter cette chanson en duo avec elle, mais hélas elle s’en est allée trop tôt… ». C’est donc « Emma » qui fait fondre : une palpitante déclaration d’amour à la comédienne britannique Emma Thompson, qui vient poser sa voix à côté de celle du chanteur sur cette composition écrite en son honneur… « Virgin, ma maison de disques, a envoyé la maquette à Emma Thompson pour savoir si elle adhérerait à l’idée d’être présente. Elle a été très touchée et m’a dit oui… » … l’auteur du « Métèque » reste un éternel voyageur… « Quand l’endroit où je chante me plait, j’essaie de prolonger mon séjour. C’est plus facile de se laisser porter par des choses et des êtres avec lesquels on est en accord. »
  À croire Moustaki, ce penchant remonte à sa huitième année. Le petit Georges (de son vrai nom Youssef Mustacchi) vit une enfance ensoleillée à Alexandrie, où il apprend et parle le français. Ses parents, très attachés à la culture des Lumières, l’inscrivent dans une institution scolaire française. Le baccalauréat en poche, Youssef va tout naturellement à Paris. Nous sommes en 1951. Il essaie de gagner sa vie en vendant des livres de poésie et gratte un peu la guitare dans ses moments de loisir. Un soir, il entend Georges Brassens, alors débutant. C’est le choc. Il lui montre les quelques chansons qu’il a écrites. Brassens l’encourage à continuer. En hommage au maître, le jeune homme décide de transformer son nom en Georges Moustaki et pousse la porte de quelques cabarets comme chanteur occasionnel.
  La grande aventure démarre plus tard. En 1958, son ami le guitariste Henri Crolla le présente à Édith Piaf. De cette rencontre naît une liaison tumultueuse qui durera un an. Piaf demande à Moustaki de lui écrire des chansons : la plus célèbre reste « Milord », sur une musique de Marguerite Monnot. On retrouve ce titre mythique, interprété par Moustaki, en « plage fantôme » de l’album 2003 : « Je me réfère constamment à Piaf… Je ne fais pas d’idolâtrie mais, chaque fois que je l’entends chanter, même dans des enregistrements que je connais, je discerne des choses nouvelles ». Entre 1960 et 1965, Moustaki sort des disques, mais sans succès. Il propose même, dès 1966, la maquette du « Métèque » : sa maison de disques n’y trouve aucun intérêt et lui rend son contrat… Cette année-là, il rencontre aussi l’acteur Serge Reggiani, désireux de commencer une carrière de chanteur. Moustaki accepte d’écrire pour lui. C’est ainsi que naissent des monuments tels que « Sarah », « Votre fille a vingt ans » et « Ma liberté ».
Mais c’est l’année 1969 qui va le révéler au grand public : « Le Métèque » sort en 45 tours et son succès lui permet de sortir, dans la foulée, un 33 tours, couronné l’année suivante par le Prix Charles-Cros. Les albums vont se succéder, les tournées aussi… Le 3 mai prochain, Georges Moustaki a choisi de fêter ses 70 ans dans sa ville natale d’Alexandrie » . 
                           

Edmond Sadaka, Radio France Internationale ,  Le français dans le monde N°332, mars – avril 2004           

                                                       

A Tanger ( Malek)A Tanger 

J’ai d’abord vu la ville  Semblant narguer l’Espagne   

Accrochée comme un cil Aux yeux de la montagne. 

A Tanger  J’ai vu cette lumière 

Qui ne faiblit jamais, Qui jaillit de la mer 

Pour inventer l’été.  A Tanger 

J’ai marché dans les rues Et ma tête était claire 

Au milieu des cohues  Et des parfums amers. 

A Tanger J’ai vu le regard d’aigle 

De ce peuple vaillant  Enfanté par des siècles 

De mélanges et de sang. A Tanger 

J’ai goûté la tiédeur  Du tout petit matin 

Dans la brume qui meurt En perles sur les mains, 

A Tanger  J’ai entendu l’appel 

Qui déchire la nuit Comme un souffle du ciel 

Sur la ville endormie  A Tanger 

J’ai pensé à Matisse 

Burroughs et Delacroix,    

Aux heures qui tarissent 

Et ne reviennent pas ;  A Tanger  J’ai vu ma solitude Dans le miroir du temps 

Dans l’illusion du sud  Dans les transes du vent, 

A Tanger J’ai vu le regard d’aigle 

De ce peuple vaillant  Frissonnant de délire 

Des amants retrouvés, A Tanger 

Tu m’as dit que la vie  Déjà nous appelait 

A Tanger, j’ai compris Que c’est toi que j’aimais … 

                                                   

Avec le temps , Léo Ferré   

Avec le temps
Avec le temps va, tout s’en va
On oublie le visage
Et l’on oublie la voix
Le coeur quand ça bat plus
C’est pas la peine d’aller chercher plus loin
Faut laisser faire et c’est très bien
Avec le temps
Avec le temps va, tout s’en va
L’autre qu’on adorait
Qu’on cherchait sous la pluie
L’autre qu’on devinait
Au détour d’un regard
Entre les mots, entre les lignes
Et sous le fard
D’un serment maquillé
Qui s’en va faire sa nuit
Avec le temps tout s’évanouit
Avec le temps
Avec le temps va, tout s’en va
Même les plus chouettes souv’nirs
Ça t’a une de ces gueules
A la galerie j’farfouille
Dans les rayons d’la mort
Le sam’di soir
Quand la tendresse s’en va toute seule
Avec le temps
Ave le temps va, tout s’en va
L’autre à qui l’on croyait
Pour un rhume pour un rien
L’autre à qui l’on donnait
Du vent et des bijoux
Pour qui l’on eût vendu son âme
Pour quelques sous
Devant quoi l’on s’traînait
Comme traînent les chiens
Avec le temps va, tout va bien
Avec le temps
Avec le temps va, tout s’en va
On oublie les passions
Et l’on oublie les voix
Qui nous disaient tout bas
Les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard surtout ne prends pas froid
Avec le temps
Avec le temps va, tout s’en va
Et l’on se sent blanchi
Comme un cheval fourbu
Et l’on se sent glacé
Dans un lit de hasard
Et l’on se sent tout seul
Peut-être mais peinard
Et l’on se sent floué
Par les années perdues
Alors vraiment
Avec le temps on n’aime plus. 
     « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » , Léo Ferré 

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
A quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays.
Cœur léger cœur changeant cœur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit.
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien
Dans le quartier Hohenzollern
Entre la Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un cœur d’hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m’allonger près d’elle
Dans les hoquets du pianola.
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.
Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n’en est jamais revenu.
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
Il est d’autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t’en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton cœur
Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent. 
            La Vie d’artiste , Léo Férré 

Je t’ai rencontrée par hasard,
Ici, ailleurs ou autre part,
Il se peut que tu t’en souviennes.
Sans se connaître on s’est aimés,
Et même si ce n’est pas vrai,
Il faut croire à l’histoire ancienne.
Je t’ai donné ce que j’avais
De quoi chanter, de quoi rêver.
Et tu croyais en ma bohème,
Mais si tu pensais à vingt ans
Qu’on peut vivre de l’air du temps,
Ton point de vue n’est plus le même.
Cette fameuse fin du mois
Qui depuis qu’on est toi et moi,
Nous revient sept fois par semaine
Et nos soirées sans cinéma,
Et mon succès qui ne vient pas,
Et notre pitance incertaine.
Tu vois je n’ai rien oublié
Dans ce bilan triste à pleurer
Qui constate notre faillite.
 » Il te reste encore de beaux jours
Profites-en mon pauvre amour,
Les belles années passent vite. »
Et maintenant tu vas partir,
Tous les deux nous allons vieillir
Chacun pour soi, comme c’est triste.
Tu peux remporter le phono,
Moi je conserve le piano,
Je continue ma vie d’artiste.
Plus tard sans trop savoir pourquoi
Un étranger, un maladroit,
Lisant mon nom sur une affiche
Te parlera de mes succès,
Mais un peu triste toi qui sais
 » Tu lui diras que je m’en fiche…
que je m’en fiche… » 
             « Je m’voyais déjà » ,  Charles Aznavour 

A dix-huit ans j’ai quitté ma province
Bien décidé à empoigner la vie
Le cœur léger et le bagage mince
J’étais certain de conquérir Paris
Chez le tailleur le plus chic j’ai fait faire
Ce complet bleu qu’était du dernier cri
Les photos, les chansons et les orchestrations
Ont eu raison de mes économies
Je m’voyais déjà en haut de l’affiche
En dix fois plus gros que n’importe qui mon nom s’étalait
Je m’voyais déjà adulé et riche
Signant mes photos aux admirateurs qui se bousculaient
J’étais le plus grand des grands fantaisistes
Faisant un succès si fort que les gens m’acclamaient debout
Je m’voyais déjà cherchant dans ma liste
Celle qui le soir pourrait par faveur se pendre à mon cou
Mes traits ont vieilli, bien sûr, sous mon maquillage
Mais la voix est là, le geste est précis et j’ai du ressort
Mon cœur s’est aigri un peu en prenant de l’âge
Mais j’ai des idées, j’connais mon métier et j’y crois encor
Rien que sous mes pieds de sentir la scène
De voir devant moi le public assis, j’ai le cœur battant
On m’a pas aidé, je n’ai pas eu d’veine
Mais au fond de moi, je suis sur d’avoir du talent
Ce complet bleu, y a trente ans que j’le porte
Et mes chansons ne font rire que moi
J’cours le cachet, j’fais du porte à porte
Pour subsister j’fais n’importe quoi
Je n’ai connu que des succès faciles
Des trains de nuit et des filles à soldats
Les minables cachets, les valises à porter
Les p’tits meublés et les maigres repas
Je m’voyais déjà en photographie
Au bras d’une star l’hiver dans la neige, l’été au soleil
Je m’voyais déjà racontant ma vie
L’air désabusé à des débutants friands de conseils
J’ouvrais calmement les soirs de première
Mille télégrammes de ce Tout-Paris qui nous fait si peur
Et mourant de trac devant ce parterre
Entré sur la scène sous les ovations et les projecteurs
J’ai tout essayé pourtant pour sortir de l’ombre
J’ai chanté l’amour, j’ai fait du comique et d’la fantaisie
Si tout a raté pour moi, si je suis dans l’ombre
Ce n’est pas ma faut’ mais cell’ du public qui n’a rien compris
On ne m’a jamais accordé ma chance


D’autres ont réussi avec un peu de voix mais beaucoup d’argent
Moi j’étais trop pur ou trop en avance
Mais un jour viendra je leur montrerai que j’ai du talent 
                                                     

    »La bohème », Charles Aznavour  Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l’humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C’est là qu’on s’est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue
La bohème, la bohème
Ça voulait dire on est heureux
La bohème, la bohème
Nous ne mangions qu’un jour sur deux
Dans les cafés voisins
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire
Et bien que miséreux
Avec le ventre creux
Nous ne cessions d’y croire
Et quand quelque bistro
Contre un bon repas chaud
Nous prenait une toile
Nous récitions des vers
Groupés autour du poêle
En oubliant l’hiver
La bohème, la bohème
Ça voulait dire tu es jolie
La bohème, la bohème
Et nous avions tous du génie
Souvent il m’arrivait
Devant mon chevalet
De passer des nuits blanches
Retouchant le dessin
De la ligne d’un sein
Du galbe d’une hanche
Et ce n’est qu’au matin
Qu’on s’asseyait enfin
Devant un café-crème
Epuisés mais ravis
Fallait-il que l’on s’aime
Et qu’on aime la vie
La bohème, la bohème
Ça voulait dire on a vingt ans
La bohème, la bohème
Et nous vivions de l’air du temps
Quand au hasard des jours
Je m’en vais faire un tour
A mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse
En haut d’un escalier
Je cherche l’atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor
Montmartre semble triste
Et les lilas sont morts
La bohème, la bohème
On était jeunes, on était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout. 
         »La mama » Aznavour Ils sont venus


Ils sont tous là
Dès qu’ils ont entendu ce cri
Elle va mourir, la mamma
Ils sont venus
Ils sont tous là
Même ceux du sud de l’Italie
Y a même Giorgio, le fils maudit
Avec des présents plein les bras
Tous les enfants jouent en silence
Autour du lit ou sur le carreau
Mais leurs jeux n’ont pas d’importance
C’est un peu leurs derniers cadeaux
A la mamma
On la réchauffe de baisers
On lui remonte ses oreillers
Elle va mourir, la mamma
Sainte Marie pleine de grâces
Dont la statue est sur la place
Bien sûr vous lui tendez les bras
En lui chantant Ave Maria
Ave Maria
Y a tant d’amour, de souvenirs
Autour de toi, toi la mamma
Y a tant de larmes et de sourires
A travers toi, toi la mamma
Et tous les hommes ont eu si chaud
Sur les chemins de grand soleil
Elle va mourir, la mamma
Qu’ils boivent frais le vin nouveau
Le bon vin de la bonne treille
Tandis que s’entrassent pêle-mêle
Sur les bancs, foulards et chapeaux
C’est drôle on ne se sent pas triste
Près du grand lit et de l’affection
Y a même un oncle guitariste
Qui joue en faisant attention
A la mamma
Et les femmes se souvenant
Des chansons tristes des veillées
Elle va mourir, la mamma
Tout doucement, les yeux fermés
Chantent comme on berce un enfant
Aprés une bonne journée
Pour qu’il sourie en s’endormant
Ave Maria
Y a tant d’amour, de souvenirs
Autour de toi, toi la mamma
Y a tant de larmes et de sourires
A travers toi, toi la mamma
Que jamais, jamais, jamais
Tu nous quitteras…                                                

     « Hors-saison » , Francis Cabrel  C’est le silence
Qui se remarque le plus
Les volets roulants tous descendus
De l’herbe ancienne
Dans les bacs à fleurs
Sur les balcons
On doit être hors-saison
La mer quand même
Dans ses rouleaux continue
Son même thème
Sa chanson vide et têtue
Pour quelques ombres perdues
Sous des capuchons
On doit être hors-saison
Le vent transperce
Ces trop longues avenues
Quelqu’un cherche une adresse inconnue
Et le courrier déborde
Au seuil des pavillons
On doit être hors-saison
Une ville se fâne
Dans les brouillards salés
La colère océane est trop près
Les tourments la condamnent
Aux écrans de fumée
Personne ne s’éloigne du quai
On pourrait tout prendre
Les murs, les jardins, les rues
On pourrait mettre
Aux boîtes aux lettres nos prénoms dessus
Ou bien peut-être un jour
Les gens reviendront
On doit être hors-saison
La mer quand même
Dans ses rouleaux continue
Son même thème
Sa chanson vide « où es-tu ? »
Tout mon courrier déborde
Au seuil de ton pavillon
On doit être hors-saison…
Une ville se fâne
Dans les brouillards salés
La colère océane est trop près
Les tourments la condamnent
Aux écrans de fumée
Personne ne s’éloigne du quai 
     » Je l’aime à mourir »,  Francis Cabrel 

Moi je n’étais rien
Et voilà qu’aujourd’hui
Je suis le gardien
Du sommeil de ses nuits
Je l’aime à mourir
Vous pouvez détruire
Tout ce qu’il vous plaira
Elle n’a qu’à ouvrir
L’espace de ses bras
Pour tout reconstruire
Pour tout reconstruire
Je l’aime à mourir
Elle a gommé les chiffres
Des horloges du quartier
Elle a fait de ma vie
Des cocottes en papier
Des éclats de rire
Elle a bâti des ponts
Entre nous et le ciel
Et nous les traversons
À chaque fois qu’elle
Ne veut pas dormir
Ne veut pas dormir
Je l’aime à mourir
Elle a dû faire toutes les guerres
Pour être si forte aujourd’hui
Elle a dû faire toutes les guerres
De la vie, et l’amour aussi
Elle vit de son mieux
Son rêve d’opaline
Elle danse au milieu
Des forêts qu’elle dessine
Je l’aime à mourir
Elle porte des rubans
Qu’elle laisse s’envoler
Elle me chante souvent
Que j’ai tort d’essayer
De les retenir
De les retenir
Je l’aime à mourir
Pour monter dans sa grotte
Cachée sous les toits
Je dois clouer des notes
À mes sabots de bois
Je l’aime à mourir
Je dois juste m’asseoir
Je ne dois pas parler
Je ne dois rien vouloir
Je dois juste essayer
De lui appartenir
De lui appartenir
Je l’aime à mourir
Elle a dû faire toutes les guerres
Pour être si forte aujourd’hui
Elle a dû faire toutes les guerres
De la vie, et l’amour aussi
Moi je n’étais rien
Et voilà qu’aujourd’hui
Je suis le gardien
Du sommeil de ses nuits
Je l’aime à mourir
Vous pouvez détruire
Tout ce qu’il vous plaira
Elle n’aura qu’à ouvrir
L’espace de ses bras
Pour tout reconstruire
Pour tout reconstruire
Je l’aime à mourir 
       « Répondez-moi », Francis Cabrel 

 

Je vis dans une maison sans balcon, sans toiture
Où y a même pas d’abeilles sur les pots de confiture
Y a même pas d’oiseaux, même pas la nature
C’est même pas une maison
J’ai laissé en passant quelques mots sur le mur
Du couloir qui descend au parking des voitures
Quelques mots pour les grands
Même pas des injures
Si quelqu’un les entend
Répondez-moi
Répondez-moi
Mon cœur a peur d’être emmuré entre vos tours de glace
Condamné au bruit des camions qui passent
Lui qui rêvait de champs d’étoiles, de colliers de jonquilles
Pour accrocher aux épaules des filles
Mais le matin vous entraîne en courant vers vos habitudes
Et le soir, votre forêt d’antennes est branchée sur la solitude
Et que brille la lune pleine
Que souffle le vent du sud
Vous, vous n’entendez pas
Et moi, je vois passer vos chiens superbes aux yeux de glace
Portés sur des coussins que les maîtres embrassent
Pour s’effleurer la main, il faut des mots de passe
Pour s’effleurer la main
Répondez-moi
Répondez-moi
Mon cœur a peur de s’enliser dans aussi peu d’espace
Condamné au bruit des camions qui passent
Lui qui rêvait de champs d’étoiles et de pluies de jonquilles
Pour s’abriter aux épaules des filles
Mais la dernière des fées cherche sa baguette magique
Mon ami, le ruisseau dort dans une bouteille en plastique
Les saisons se sont arrêtées aux pieds des arbres synthétiques
Il n’y a plus que moi
Et moi, je vis dans ma maison sans balcon, sans toiture
Où y a même pas d’abeilles sur les pots de confiture
Y a même pas d’oiseaux, même pas la nature
C’est même pas une maison 
                                  

                   

  »Amsterdam »,  Jacques Brel 

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui chantent
Les rêves qui les hantent
Au large d’Amsterdam
Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui dorment
Comme des oriflammes
Le long des berges mornes
Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui meurent
Pleins de bière et de drames
Aux premières lueurs
Mais dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui naissent
Dans la chaleur épaisse
Des langueurs océanes
  Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui mangent
Sur des nappes trop blanches
Des poissons ruisselants
Ils vous montrent des dents
A croquer la fortune
A décroisser la lune
A bouffer des haubans
Et ça sent la morue
Jusque dans le cœur des frites
Que leurs grosses mains invitent
A revenir en plus
Puis se lèvent en riant
Dans un bruit de tempête
Referment leur braguette
Et sortent en rotant
  Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui dansent
En se frottant la panse
Sur la panse des femmes
Et ils tournent et ils dansent
Comme des soleils crachés
Dans le son déchiré
D’un accordéon rance
Ils se tordent le cou
Pour mieux s’entendre rire
Jusqu’à ce que tout à coup
L’accordéon expire
Alors le geste grave
Alors le regard fier
Ils ramènent leur batave
Jusqu’en pleine lumière
 Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui boivent
Et qui boivent et reboivent
Et qui reboivent encore
Ils boivent à la santé
Des putains d’Amsterdam
De Hambourg ou d’ailleurs
Enfin ils boivent aux dames
Qui leur donnent leur joli corps
Qui leur donnent leur vertu
Pour une pièce en or
Et quand ils ont bien bu
Se plantent le nez au ciel
Se mouchent dans les étoiles
Et ils pissent comme je pleure
Sur les femmes infidèles
Dans le port d’Amsterdam
Dans le port d’Amsterdam. 
                                   

                       

   »Au suivant »,  Jacques Brel 

Tout nu dans ma serviette qui me servait de pagne
J’avais le rouge au front et le savon à la main
Au suivant au suivant
J’avais juste vingt ans et nous étions cent vingt
A être le suivant de celui qu’on suivait
Au suivant au suivant
J’avais juste vingt ans et je me déniaisais
Au bordel ambulant d’une armée en campagne
Au suivant au suivant
  Moi j’aurais bien aimé un peu plus de tendresse
Ou alors un sourire ou bien avoir le temps
Mais au suivant au suivant
Ce ne fut pas Waterloo mais ce ne fut pas Arcole
Ce fut l’heure où l’on regrette d’avoir manqué l’école
Au suivant au suivant
Mais je jure que d’entendre cet adjudant de mes fesses
C’est des coups à vous faire des armées d’impuissants
Au suivant au suivant
   Je jure sur la tête de ma première vérole
Que cette voix depuis je l’entends tout le temps
Au suivant au suivant
Cette voix qui sentait l’ail et le mauvais alcool
C’est la voix des nations et c’est la voix du sang
Au suivant au suivant
Et depuis chaque femme à l’heure de succomber
Entre mes bras trop maigres semble me murmurer
Au suivant au suivant
  Tous les suivants du monde devraient se donner la main
Voilà ce que la nuit je crie dans mon délire
Au suivant au suivant
Et quand je ne délire pas j’en arrive à me dire
Qu’il est plus humiliant d’être suivi que suivant
Au suivant au suivant
Un jour je me ferai cul-de-jatte ou bonne sœur ou pendu
Enfin un de ces machins où je ne serai jamais plus
Le suivant le suivant 

     »Chanson sans paroles », Jacques Brel 

J’aurais aimé ma belle
T’écrire une chanson
Sur cette mélodie
Rencontrée une nuit
J’aurais aimé ma belle
Rien qu’au point d’Alençon
T’écrire un long poème
T’écrire un long  » je t’aime « 
Je t’aurais dit  » amour « 
Je t’aurais dit  » toujours « 
Mais de mille façons
Mais par mille détours
Je t’aurais dit  » partons « 
Je t’aurais dit  » brûlons
Brûlons de jour en jour
De saisons en saisons « 
Mais le temps que s’allume
L’idée sur le papier
Le temps de prendre une plume
Le temps de la tailler
Mais le temps de me dire
Comment vais-je l’écrire
Et le temps est venu
Où tu ne m’aimais plus
{2x} 
                                          

« J’en appelle », Jacques Brel 

J’en appelle aux maisons
Écrasées de lumière
J’en appelle aux amours
Que chantent les rivières
A l’éclatement bleu
Des matins de printemps
A la force jolie des filles
Qui ont vingt ans
A la fraicheur certaine
D’un vieux puit de désert
A l’étoile qu’attend
Le vieil homme qui se perd
Pour que monte de nous
Et plus fort qu’un désir
Le désir incroyable
De se vouloir construire
En se désirant faible
Et plutôt qu’orgueilleux
En se désirant lâche
Plutôt que monstrueux
  J’en appelle à ton rire
Que tu croques au soleil
J’en appelle à ton cri
À nul autre pareil
Au silence joyeux
Qui parle doucement
A ces mots que l’on dit
Rien qu’en se regardant
A la pesante main
De notre amour sincère
A nos vingt ans trouvés
À tout ce qu’ils espèrent
Pour que monte de nous
Et plus fort qu’un désir
Le désir incroyable
De se vouloir construire
En préférant plutôt
Que la gloire inutile
Et le bonheur profond
Et puis la joie tranquille
 J’en appelle aux maisons
Écrasées de lumière
J’en appelle à ton cri
À nul autre pareil. 

« La chanson des vieux amants », Jacques Brel   Bien sûr, nous eûmes des orages
Vingt ans d’amour, c’est l’amour fol
Mille fois tu pris ton bagage
Mille fois je pris mon envol
Et chaque meuble se souvient
Dans cette chambre sans berceau
Des éclats des vieilles tempêtes
Plus rien ne ressemblait à rien
Tu avais perdu le goût de l’eau
Et moi celui de la conquête
{Refrain:}
  
Mais mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l’aube claire jusqu’à la fin du jour
Je t’aime encore tu sais je t’aime
  Moi, je sais tous tes sortilèges
Tu sais tous mes envoûtements
Tu m’as gardé de pièges en pièges
Je t’ai perdue de temps en temps
Bien sûr tu pris quelques amants
Il fallait bien passer le temps
Il faut bien que le corps exulte
Finalement finalement
Il nous fallut bien du talent
Pour être vieux sans être adultes
{Refrain}
Oh, mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l’aube claire jusqu’à la fin du jour
Je t’aime encore, tu sais, je t’aime
Et plus le temps nous fait cortège
Et plus le temps nous fait tourment
Mais n’est-ce pas le pire piège
Que vivre en paix pour des amants
Bien sûr tu pleures un peu moins tôt
Je me déchire un peu plus tard
Nous protégeons moins nos mystères
On laisse moins faire le hasard
On se méfie du fil de l’eau
Mais c’est toujours la tendre guerre
{Refrain}
Oh, mon amour…
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l’aube claire jusqu’à la fin du jour
Je t’aime encore tu sais je t’aime. 
                                                       

  »Les fenêtres », J.Brel 

Les fenêtres nous guettent
Quand notre cœur s’arrête
En croisant Louisette
Pour qui brûlent nos chairs
Les fenêtres rigolent
Quand elles voient la frivole
Qui offre sa corolle
À un clerc de notaire
Les fenêtres sanglotent
Quand à l’aube falote
Un enterrement cahote
Jusqu’au vieux cimetière
Mais les fenêtres froncent
Leurs corniches de bronze
Quand elles voient les ronces
Envahir leur lumière
Les fenêtres murmurent
Quand tombent en chevelure
Les pluies de la froidure
Qui mouillent les adieux
Les fenêtres chantonnent
Quand se lève à l’automne
Le vent qui abandonne
Les rues aux amoureux
Les fenêtres se taisent
Quand l’hiver les apaise
Et que la neige épaisse
Vient leur fermer les yeux
Mais les fenêtres jacassent
Quand une femme passe
Qui habite l’impasse
Où passent les Messieurs
La fenêtre est un œuf
Quand elle est œil-de-bœuf
Qui attend comme un veuf
Au coin d’un escalier
La fenêtre bataille
Quand elle est soupirail
D’où le soldat mitraille
Avant de succomber
Les fenêtres musardent
Quand elles sont mansardes
Et abritent les hardes
D’un poète oublié
Mais les fenêtres gentilles
Se recouvrent de grilles
Si par malheur on crie
 » Vive la liberté « 
Les fenêtres surveillent
L’enfant qui s’émerveille
Dans un cercle de vieilles
A faire ses premiers pas
Les fenêtres sourient
Quand quinze ans trop jolis
Ou quinze ans trop grandis
S’offrent un premier repas
Les fenêtres menacent
Les fenêtres grimacent
Quand parfois j’ai l’audace
D’appeler an chat un chat
Les fenêtres me suivent
Me suivent et me poursuivent
Jusqu’à ce que peur s’ensuive
Tout au fond de mes draps
Les fenêtres souvent
Traitent impunément
De voyous des enfants
Qui cherchent qui aimer
Les fenêtres souvent
Soupçonnent ces manants
Qui dorment sur les bancs
Et parlent l’étranger
Les fenêtres souvent
Se ferment en riant
Se ferment en criant
Quand on y va chanter
Ah je n’ose pas penser
Qu’elles servent à voiler
Plus qu’à laisser entrer
La lumière de l’été
Non je préfère penser
Qu’une fenêtre fermée
Ça ne sert qu’à aider
Les amants à s’aimer
{2x} 
 
           » Ne me quitte pas »

 Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s’oublier
Qui s’enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le cœur du bonheur
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Moi je t’offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu’après ma mort
Pour couvrir ton corps
D’or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l’amour sera roi
Où l’amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Ne me quitte pas
Je t’inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s’embraser
Je te raconterai
L’histoire de ce roi
Mort de n’avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
On a vu souvent
Rejaillir le feu
D’un ancien volcan
Qu’on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu’un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu’un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s’épousent-ils pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t’écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L’ombre de ton ombre
L’ombre de ta main
L’ombre de ton chien
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas.
 
    « Mathilde » 

Ma mère voici le temps venu
D’aller prier pour mon salut
Mathilde est revenue
Bougnat tu peux garder ton vin
Ce soir je boirai mon chagrin
Mathilde est revenue
Toi la servante toi la Maria
Vaudrait peut-être mieux changer nos draps
Mathilde est revenue
Mes amis ne me laissez pas
Ce soir je repars au combat
Maudite Mathilde puisque te v’là
Mon cœur mon cœur ne t’emballe pas
Fais comme si tu ne savais pas
Que la Mathilde est revenue
Mon cœur arrête de répéter
Qu’elle est plus belle qu’avant l’été
La Mathilde qui est revenue
Mon cœur arrête de bringuebaler
Souviens-toi qu’elle t’a déchiré
La Mathilde qui est revenue
Mes amis ne me laissez pas
Dites-moi dites-moi qu’il ne faut pas
Maudite Mathilde puisque te v’là
Et vous mes mains restez tranquilles
C’est un chien qui nous revient de la ville
Mathilde est revenue
Et vous mes mains ne frappez pas
Tout ça ne vous regarde pas
Mathilde est revenue
Et vous mes mains ne tremblez plus
Souvenez-vous quand je vous pleurais dessus
Mathilde est revenue
Vous mes mains ne vous ouvrez pas
Vous mes bras ne vous tendez pas
Sacrée Mathilde puisque te v’là
Ma mère arrête tes prières
Ton Jacques retourne en enfer
Mathilde m’est revenue
Bougnat apporte-nous du vin
Celui des noces et des festins
Mathilde m’est revenue
Toi la servante toi la Maria
Va tendre mon grand lit de draps
Mathilde m’est revenue
Amis ne comptez plus sur moi
Je crache au ciel encore une fois
Ma belle Mathilde puisque te v’là te v’là. 
     « Sous le vent » ,Garou et Céline Dion 

 

Garou:
Et si tu crois que j’ai eu peur
C’est faux
Je donne des vacances à mon cœur
Un peu de repos
Et si tu crois que j’ai eu tort
Attends
Respire un peu le souffle d’or
Qui me pousse en avant
Et…
Céline & Garou:

Fais comme si j’avais pris la mer
J’ai sorti la grand’voile
Et j’ai glissé sous le vent
Fais comme si je quittais la terre
J’ai trouvé mon étoile
Je l’ai suivie un instant
Sous le vent
Céline:

Et si tu crois que c’est fini
Jamais
C’est juste une pause, un répit
Après les dangersEt si tu crois que je t’oublie
Écoute
Ouvre ton corps aux vents de la nuit
Ferme les yeux
Et…
Céline & Garou:
Fais comme si j’avais pris la mer
J’ai sorti la grand’voile
Et j’ai glissé sous le vent
Fais comme si je quittais la terre
J’ai trouvé mon étoile
Je l’ai suivie un instant
Sous le vent
Garou:

Et si tu crois que c’est fini
Jamais
C’est juste une pause, un répit
Après les dangers
Céline & Garou:

Fais comme si j’avais pris la mer,
J’ai sorti la grand’voile,
Et j’ai glissé sous le vent
Fais comme si je quittais la terre,
J’ai trouvé mon étoile,
Je l’ai suivie un instant,
Sous le vent.
Fais comme si j’avais pris la mer,
J’ai sorti la grand’voile,
Et j’ai glissé sous le vent
Fais comme si je quittais la terre,
J’ai trouvé mon étoile,
Je l’ai suivie un instant, sous le vent.
Sous le vent… sous le vent….. 
                

                                        

  »Au bout de mon âge »,Jean Ferrat   Au bout de mon âge
Qu’aurais-je trouvé
Vivre est un village
Où j’ai mal rêvé
Je me sens pareil
Au premier lourdeau
Qu’encore émerveille
Le chant des oiseaux
Les gens de ma sorte
Il en est beaucoup
Savent-ils qu’ils portent
Une pierre au cou
Au bout de mon âge
Qu’aurais-je trouvé
Vivre est un village
Où j’ai mal rêvé
Pour eux les miroirs
C’est le plus souvent
Sans même s’y voir
Qu’ils passent devant
Ils n’ont pas le sens
De ce qu’est leur vie
C’est une innocence
Que je leur envie
Au bout de mon âge
Qu’aurais-je trouvé
Vivre est un village
Où j’ai mal rêvé
Tant pour le plaisir
Que la poésie
Je croyais choisir
Et j’étais choisi
Je me croyais libre
Sur un fil d’acier
Quand tout équilibre
Vient du balancier
Au bout de mon âge
Qu’aurais-je trouvé
Vivre est un village
Où j’ai mal rêvé
Il m’a fallu naître
Et mourir s’en suit
J’étais fait pour n’être
Que ce que je suis
Une saison d’homme
Entre deux marées
Quelque chose comme
Un chant égaré
Au bout de mon âge
Qu’aurais-je trouvé
Vivre est un village
Où j’ai mal rêvé. 

              »La montagne »  , Jean Ferrat

 Ils quittent un à un le pays
Pour s’en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du formica et du ciné
Les vieux ça n’était pas original
Quand ils s’essuyaient machinal
D’un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre
Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?
Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu’au sommet de la colline
Qu’importent les jours les années
Ils avaient tous l’âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C’était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S’il ne vous tournait pas la tête
Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?
Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l’autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n’y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s’en faire
Que l’heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l’on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones
Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ? 
                                

                                     

    »Un air de liberté » 

Les guerres du mensonge les guerres coloniales
C’est vous et vos pareils qui en êtes tuteurs
Quand vous les approuviez à longueur de journal
Votre plume signait trente années de malheur
La terre n’aime pas le sang ni les ordures
Agrippa d’Aubigné le disait en son temps
Votre cause déjà sentait la pourriture
Et c’est ce fumet-là que vous trouvez plaisant
Ah monsieur d’Ormesson
Vous osez déclarer
Qu’un air de liberté
Flottait sur Saïgon
Avant que cette ville s’appelle Ville Ho-Chi-Minh
Allongés sur les rails nous arrêtions les trains
Pour vous et vos pareils nous étions la vermine
Sur qui vos policiers pouvaient taper sans frein
Mais les rues résonnaient de paix en Indochine

Nous disions que la guerre était perdue d’avance
Et cent mille Français allaient mourir en vain
Contre un peuple luttant pour son indépendance
Oui vous avez un peu de ce sang sur les mains
Ah monsieur d’Ormesson
Vous osez déclarer
Qu’un air de liberté
Flottait sur Saïgon
Avant que cette ville s’appelle

Ville Ho-Chi-Minh
Après trente ans de feu de souffrance et de larmes
Des millions d’hectares de terre défoliés
Un génocide vain perpétré au Viêt-Nam
Quand le canon se tait vous vous continuez
Mais regardez-vous donc un matin dans la glace
Patron du Figaro songez à Beaumarchais
Il saute de sa tombe en faisant la grimace
Les maîtres ont encore une âme de valet. 

            « Bidon, Alain Souchon »

Elle croyait qu’j'étais James Dean
Américain d’origine
Le fils de Buffalo Bill
Alors admiration
Faut dire qu’j'avais la chemise à carreaux
La guitare derrière dans l’dos
Pour faire le cow-boy très beau
Mais composition
Elle me parlait anglais tout’l'temps
J’lui répondais deux trois mots bidon
Des trucs entendus dans des chansons
Consternation
Elle croyait qu’j'étais coureur
Qu’j'arrivais des Vingt-quatre heures
Avec mon casque en couleur
Alors admiration
J’lui disais drapeau à damiers dérapage bien contrôlé
Admirateurs fascinés
Télévision
Elle me dit partons à la mer, dans ton bolide fendons l’air
Elle passe pas l’quatre-vingts ma traction
Consternation
J’suis mal dans ma peau en coureur très beau
And I just go with my pince à vélo
J’suis bidon, j’suis bidon
Elle croyait qu’j'étais chanteur
Incognito voyageur
Tournées sonos filles en pleurs
Admiration
Faut dire qu’j'avais des talons aiguilles
Le manteau d’lapin d’une fille
Des micro-bracelets aux chevilles
Exhibition
Elle me dit chante moi une chanson
J’ai avalé deux trois maxitons
Puis j’ai bousillé  » Satisfaction « 
Consternation
J’suis mal dans ma peau en chanteur très beau
And I just go with my pince a vélo
J’suis bidon, j’suis bidon
J’suis qu’un mec à frime bourré d’aspirine
And I just go with my pince à vélo
J’suis bidon, j’suis bidon 
         « Jamais content », A. Souchon 

 Elle me dit que je pleure tout le temps,
Que je suis comme un tout p’tit enfant
Qu’aime plus ses jeux, sa vie, sa maman.
Elle dit que je pleure tout le temps,
Que je suis carrément mé’chant, jamais content,
Carrément méchant, jamais content.
Déjà mes parents, dans le temps,
Voulaient que j’aille faire le charmant
Chez des amis de mon grand-père,
Des pharmaciens, des notaires
Qui me trouvaient carrément vulgaire, très ordinaire,
Carrément vulgaire, très ordinaire.
Puis on m’a enrôlé d’office,
A Pau, dans les parachutistes.
Ils voulaient que je tombe des avions
Accroché à un champignon.
Je leur ai carrément dit « Non ! Pas beau, l’avion ! »,
Carrément dit « Non ! Pas beau, l’avion ! ».
Je me suis sauvé en Angleterre.
Je faisais le frenchman, super lover.
J’me teignais les cheveux, les sourcils
Pour être plus brun, pour faire viril.
Carrément débile, j’trouve pas mon style. {2x}
J’ai chopé la mélancolie
En faisant des chansons sur mon lit,
Une commande pour chanteur pas bien.
Fallait que j’dise France Américain.
Ça m’a carrément miné, tout dégoûté,
Carrément miné, tout dégoûté.
Promoteurs, ils voulaient, canailles,
Que je fasse dessous de table, homme de paille,
Construire des tours de carton bleu
Pour que les petits garçons mettent leurs jeux.
J’y ai carrément mis le feu : bien fait pour eux !
Carrément mis le feu : bien fait pour eux !
Elle me dit que je pleure tout le temps,
Que je suis comme un tout p’tit enfant
Qu’aime plus ses jeux, sa vie, sa maman.
Elle dit que je pleure tout le temps,
Que je suis carrément mé’chant, jamais content,
Carrément méchant, jamais content. 
           

                                                

 « Poullaier’s Song », A.Souchon 

Dans les poulaillers d’acajou,
Les belles basses-cours à bijoux,
On entend la conversation
D’la volaille qui fait l’opinion.
Ils disent :
« On peut pas être gentils tout le temps.
On peut pas aimer tous les gens.
Y a une sélection. C’est normal.
On lit pas tous le même journal,
Mais comprenez-moi : c’est une migraine,
Tous ces campeurs sous mes persiennes.
Mais comprenez-moi : c’est dur à voir.
Quels sont ces gens sur mon plongeoir ? »
{Refrain}
« On peut pas aimer tout Paris.
N’est-ce pas y a des endroits la nuit
Où les peaux qui vous font la peau
Sont plus bronzées que nos p’tits poulbots ?
Mais comprenez-moi : la djellaba,
C’est pas ce qui faut sous nos climats.
Mais comprenez-moi : à Rochechouart,
Y a des taxis qui ont peur du noir. »
{Refrain}
« Que font ces jeunes, assis par terre,
Habillés comme des traîne-misère.
On dirait qu’ils n’aiment pas le travail.
Ça nous prépare une belle pagaille.
Mais comprenez-moi : c’est inquiétant.
Nous vivons des temps décadents.
Mais comprenez-moi : le respect se perd
Dans les usines de mon grand-père. »
Mais comprenez-moi…
 


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